La superproduction saoudienne centrée sur la vie du premier calife de la dynastie omeyyade a depuis son dévoilement sur les petits écrans, déclenché une véritable tempête médiatique et religieuse dans de nombreux pays.
C’est devenu presque un rituel : à chaque série télévisée sur l’islam, son lot de polémiques, notamment dans des territoires où l’adhésion à la religion frise parfois l’hystérie, où la foi l’emporte sur toute autre considération.
« Moawiya » n’échappe pas à cette tendance. La production conçue par le groupe médiatique saoudien MBC à un coût estimé entre 75 et 100 millions de dollars – ce qui en fait l’une des séries les plus coûteuses jamais produites dans le monde arabe – suscite un tollé depuis son lancement courant mars.
L’œuvre de 21 épisodes tournée en Tunisie avec une distribution internationale comprenant des acteurs palestiniens, jordaniens et égyptiens, a su bénéficier d’un large public en raison de sa diffusion durant cette période du mois de Ramadan.
Cela aurait-il contribué à accroître la tension qu’elle a générée ? Toujours est-il que cette série qui explore la vie de Mouawiya ibn Abi Sufyan, premier calife de la dynastie omeyyade réputée pour avoir notamment gouverné le monde musulman de 661 à 750, ne passe pas.
Une fracture religieuse ravivée
Elle a ainsi été interdite en Iran et bloquée en Irak. Les autorités égyptiennes ont également ont déconseillé de la regarder. La controverse entourant « Moawiya » touche au cœur même de la division historique entre sunnites et chiites, les deux principaux courants de l’Islam.
En effet, après la mort du prophète Mohammed en 632, ses fidèles se divisèrent sur la question de sa succession. Les chiites estimaient qu’Ali, cousin et gendre du prophète, était le successeur légitime, tandis que les sunnites défendaient l’idée d’une désignation par un conseil.
Moawiya devint une figure militaire et politique majeure du côté sunnite, dirigeant une importante armée pendant la première guerre civile musulmane (656-661), avant de régner comme premier calife omeyyade jusqu’à sa mort vers 680.
La fiction pour apaiser les divisions ?
Aujourd’hui, les sunnites représentent environ 85% des 1,6 milliard de musulmans dans le monde. Mais Moawiya reste une figure controversée, notamment parmi les chiites en raison de sa guerre contre Ali. Certains sunnites lui reprochent aussi d’avoir transformé le califat en royauté mondaine, s’éloignant des préceptes religieux.
Face à cette polémique, le scénariste Khaled Salah affirme dans des propos rapportés par Bloomberg, qu’il était important que « des créateurs arabes » s’emparent d’histoires comme celle de Moawiya en dépit des controverses.
« C’est très sain et essentiel de mettre cela en débat si nous voulons construire un État civil moderne et libéral », a défendu l’Égyptien. « C’est une grande responsabilité et un défi considérable », a pour sa part reconnu l’acteur principal, Lujain Ismail.