La Fondation Magnani Rocca, près de Parme, a été il y a moins d’une dizaine de jours, le théâtre d’un hold-up éclair.
Dans la nuit du 22 au 23 mars dernier, quatre individus masqués se sont introduits par effraction dans la Fondation Magnani Rocca, un musée privé situé à une vingtaine de kilomètres de Parme, afin d’y dérober plusieurs toiles signées Renoir, Cézanne et Matisse.
Au total selon la police citée par Associated Press (AP), trois tableaux ont été dérobés, dont Poissons d’Auguste Renoir, Nature morte aux cerises de Paul Cézanne, et Odalisque sur la terrasse d’Henri Matisse. Valeur estimée du butin : plusieurs millions d’euros. Durée de l’opération : trois minutes.
D’après la direction du musée, cette intrusion a été menée par « une organisation structurée », qui a forcé les portes avant d’être stoppée net par le déclenchement de l’alarme. Un signal qui, selon les spécialistes, a sans doute empêché les voleurs d’emporter davantage d’œuvres.
Les forces de l’ordre arrivées après, n’ont pu que constater les dégâts. Pour comprendre comment un tel coup a pu se produire, il faut d’abord saisir la géographie des lieux.
Un musée isolé, cible vulnérable
Contrairement aux grands établissements nationaux installés au cœur des métropoles européennes, la Fondation Magnani Rocca, fondée en 1977, se trouve en zone rurale. Nichée dans un vaste parc en périphérie de Parme, elle abrite pourtant une collection d’une richesse remarquable.
Interrogé par la BBC, Chris Marinello, avocat spécialisé en droit de l’art et fondateur d’Art Recovery International — organisation dédiée à la localisation et à la restitution d’œuvres volées — estime que ce type d’institution, aussi prestigieuse soit-elle, ne bénéficie généralement pas d’un niveau de sécurité équivalent à celui des musées urbains.
« Ils n’avaient pas peur des forces de l’ordre », remarque-t-il, soulignant que les auteurs du cambriolage ont agi avec une assurance révélatrice d’une préparation méticuleuse et d’une parfaite connaissance des lieux.
Ce vol survient quelques mois seulement après celui du Musée du Louvre à Paris, où une bande organisée avait dérobé en plein jour des joyaux de la Couronne — estimés à 88 millions d’euros — à l’aide d’une échelle mécanique.
Un marché parallèle opaque, des chances de récupération minces
L’expert en art italien Claudio Strinati, cité par l’AP, relativise toutefois l’importance des toiles dérobées. « Le tableau de Renoir, par exemple, est superbe, mais il ne figure pas parmi les pièces maîtresses de la fondation », précise-t-il.
Reste la question essentielle : que feront ces malfaiteurs de leur butin ? Contrairement à l’image véhiculée par les films de braquage, écouler des chefs-d’œuvre volés s’avère extrêmement complexe.
Selon Marinello, les auteurs de ce type de vol n’ont souvent « aucun plan de repli » après leur crime. Plus la médiatisation autour de l’affaire est forte, plus la revente devient impraticable sur le marché légal.
Strinati évoque l’éventualité d’une demande de rançon en échange des toiles. Mais, d’après Marinello, seules 5 à 10% des œuvres d’art dérobées dans le monde finissent par être retrouvées.
