Avec ce nouvel opus de 18 titres, Ye vient rappeler à qui veut l’entendre pourquoi il demeure l’un des artistes les plus doués de sa génération.
Kanye West est de retour. Était-il seulement parti ? Car si celui qui se fait désormais appeler Ye s’était quelque peu éloigné du micro pour se retrouver davantage au cœur des polémiques, force est de constater que l’artiste n’a jamais perdu la main.
En témoigne Bully, le nouvel album qui vient balayer tout doute quant à la capacité du rappeur originaire d’Atlanta à livrer une œuvre à la hauteur de son talent. Paru le 28 mars après plusieurs années d’annonces et de reports, ce douzième projet s’ouvre sur un monologue solennel, presque prophétique, qui plante d’emblée le décor.
« The time is now. Right now, this is the hour. This is the new dawn. This is the new day » (« Le moment est venu. Maintenant, c’est l’heure. C’est l’aube nouvelle. C’est le jour nouveau »), entend-on dès l’introduction, intitulée King.
Sur ces paroles, se déploie une rythmique hypnotique, le mot King répété en boucle, et un Kanye West qui rappe avec une précision et une clarté d’élocution que ses admirateurs n’avaient plus entendues depuis longtemps.
Un Kanye West plus froid, plus sombre, mais plus concentré que jamais
Ce qui frappe d’emblée dans Bully, comme l’indique la critique du média YouTube Fantastic Hip Hop, c’est cette froideur émotionnelle qui imprègne tout le disque.
Ye y dévoile une version de lui-même épurée de toute chaleur superficielle, ne conservant que l’essence : la rigueur, le savoir-faire, et un swagger glacé, presque mécanique.
Il le reconnaît lui-même dans ses propos, notamment : « The hero became the villain. Now we going to send it up and go a million miles. » (« Le héros est devenu le méchant. Maintenant, on va tout envoyer et parcourir un million de kilomètres »).
Cette posture renouvelée produit des résultats saisissants sur les six premiers morceaux, qui forment l’une des séquences les plus marquantes de sa discographie depuis My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010).
La cancel culture ? Quelle cancel culture ?
Le titre This Is A Must s’impose immédiatement par son efficacité, calibré pour l’ère du streaming, tandis que Father — en collaboration avec Travis Scott — dépasse toutes les attentes avec ses sonorités dystopiques, ses punchlines tranchantes et une énergie conquérante qui semble annoncer une alliance artistique d’envergure.
Le format — 42 minutes pour 18 titres — imprime un rythme soutenu qui, s’il prive certains morceaux du développement qu’ils mériteraient, maintient une intensité rare.
« Avec Bully, Kanye West signe un retour que beaucoup jugeaient impossible. L’album s’écoule à 275 000 exemplaires dès la première semaine, un record. Father devient même le titre le plus écouté sur Apple Music aux États-Unis et le quatrième sur Spotify », souligne le créateur de contenu musical Steevy Musicfeelings.
Selon lui, l’artiste, longtemps banni des cercles de l’industrie et jamais avare de controverses, a littéralement, avec ce nouvel album, « vaincu la cancel culture ».
