« Négligées » par la science, exploitées par le commerce

Un livre récemment publié dévoile à quel point la défaillance du système de santé a créé un marché lucratif marqué par l’exploitation des besoins médicaux non satisfaits des femmes avec des solutions à la fois coûteuses et non prouvées scientifiquement.

Le business de la tromperie a beau être aussi vieux que le monde, cela reste toujours aussi tragique de l’évoquer. Surtout quand il concerne la santé. C’est le sentiment qui s’empare du lecteur à la lecture des bonnes feuilles du nouveau livre des journalistes Solenne Le Hen et Marie-Morgane Le Moël.

Dans l’ouvrage intitulé « Les Négligées. Enquête au cœur du business de la santé des femmes », les deux auteures respectivement employées à Franceinfo et à l’Agence France-Presse (AFP), lèvent le voile sur différents mécanismes à travers lesquels les femmes en situation de détresse sanitaire font l’objet d’abus.

Pantalons « spécial endométriose », patchs au CBD pour soulager les douleurs menstruelles, compléments alimentaires contre la ménopause, applications de prédiction d’ovulation, sont autant de produits vantés par à grand renfort de publicités pour supposément répondre à des problèmes de santé spécifiques des femmes.

La jungle des pseudo-solutions

Des communications promotionnelles dont les journalistes ont été témoins au cours de leur enquête d’un an et demi. Le « ménobusiness » est ainsi employé pour décrire le business appliqué à la ménopause, consistant notamment à proposer des compléments alimentaires contre les bouffées de chaleur à 30 euros la boîte mensuelle.

Des nuisettes « légères et sexy » sont également vendues à 119 euros pour améliorer le confort nocturne des femmes qui traversent cette transition biologique naturelle.

Solenne Le Hen et Marie-Morgane Le Moël ont également infiltré le mouvement du « féminin sacré », où se mêlent « bénédictions de l’utérus », « soins de libération émotionnelle » pour soi-disant guérir l’endométriose, et autres « cérémonies du don du sang des lunes ».

Des pratiques alternatives, dépourvues de fondement scientifique, dont des millions de femmes souffrant de pathologies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques, sont hélas des cobayes.

Un système médical structurellement défaillant

Pour les auteures du livre, ce « business du bien-être féminin » prospère sur un terreau fertile : des décennies de négligence médicale envers les femmes.

Elles évoquent les essais cliniques qui, bien qu’incluant davantage de femmes aujourd’hui, sont encore loin d’atteindre la parité, particulièrement dans des domaines cruciaux comme la recherche sur le cancer ou les maladies cardiovasculaires.

L’endométriose illustre parfaitement cette défaillance systémique. Cette maladie qui touche deux millions de Françaises reste dramatiquement sous-étudiée. À preuve, huit start-ups travaillant là-dessus ont reçu 44 millions de dollars de financements entre 2019 et 2023.

Parallèlement 1,24 milliard de dollars ont bénéficié à des travaux sur la santé masculine, d’après une étude de l’institut de santé de McKinsey mentionné dans le livre.

Concernant les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité chez les femmes, le Journal of the American Heart Association révèle en 2022, qu’à symptômes identiques, les hommes sont plus rapidement pris en charge que le sexe opposé. Un phénomène qui touche également les patients non-blancs.

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