Sarkozy : les incohérences d’un prisonnier

Le journal d’un prisonnier publié par l’ancien président de la République française après sa brève expérience derrière le barreau, frôle bien souvent le culte du « moi », oublis délibérés et contre-vérités.

Avec plus de 100 000 exemplaires écoulés en quelques semaines, Le Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy, publié chez Fayard, s’impose comme l’un des grands succès de librairie de la rentrée française.

Paru en librairie le 10 décembre dernier, soit un mois après sa sortie de détention, cet ouvrage de 205 pages se veut le récit de l’expérience carcérale vécue par l’ancien président à la prison de la Santé, où il avait été incarcéré à la suite de sa condamnation à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs dans le cadre du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.

Une brève parenthèse de 21 jours, entre son incarcération le 21 octobre 2025, décidée avec exécution provisoire, et sa libération le 10 novembre sur décision de la cour d’appel, qui a jugé qu’il ne représentait pas un risque de fuite.

À la lecture du livre, le premier constat relevé par François Ruffin — journaliste, essayiste, documentariste et homme politique — est l’hypertrophie du « je ». L’auteur y recense pas moins de 1 439 occurrences en 205 pages, soit plus de sept par page.

Un récit calibré pour la victimisation

Selon Ruffin, les codétenus demeurent en marge du récit, presque invisibles. Les surveillants pénitentiaires n’apparaissent qu’à la page 142, dans une courte séquence de trois pages qui tient davantage de l’hommage tardif que du témoignage sincère.

Mais l’omission la plus frappante concerne les victimes de l’attentat du DC10 d’UTA en 1989, qui fit 170 morts, dont 54 Français. Celles-ci, pourtant au cœur du dossier ayant conduit Sarkozy derrière les barreaux, ne sont mentionnées que brièvement à la page 197, tout à la fin de l’ouvrage.

Tout au long du texte, revient la rengaine d’un Sarkozy « victime d’un complot médiatico-judiciaire » impliquant notamment Mediapart — à l’origine des révélations ayant conduit à sa condamnation — et les magistrats. Une posture martelée, quitte à écarter la réalité d’une décision fondée sur des « faits matériels ».

La découverte tardive du quotidien carcéral

Entre quatre murs, l’ancien chef de l’État déplore « l’impossibilité de voir l’extérieur », découvrant avec étonnement que tel est justement le principe d’une détention. Il décrit une cour de promenade « qui n’en avait que le nom » — quatorze pas en longueur, huit en largeur — jugée trop exiguë pour courir, tout en soulignant qu’il n’a bénéficié d’aucun traitement de faveur.

Le confort spartiate l’affecte également : matelas « franchement dur », oreillers « d’une drôle de matière, peut-être du plastique », qui perturbent son sommeil. Quant à la salle de sport, il la trouve « minuscule », avec « trois machines entassées côte à côte ».

Le parloir, enfin, lui paraît sinistre : « L’endroit n’était pas triste, il était glauque. Il y avait une table en formica et deux chaises en plastique, pas un verre d’eau, pas un café. »

L’ironie de ces doléances n’échappe pas à François Ruffin, qui rappelle que c’est la même droite, incarnée notamment par Nicolas Sarkozy durant ses mandats, qui plaidait pour un durcissement des conditions de détention au nom de la fermeté pénale.

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