Plusieurs productions à succès de la plateforme perdent une part considérable de leurs spectateurs dès leur retour pour une deuxième saison. Ce phénomène, qui touche aussi bien les séries grand public que les titres salués par la critique, relance le débat sur les limites du modèle de diffusion propre au géant du streaming.
Une première saison captivante suivie d’une seconde moins performante en termes de visionnages. Cette tendance s’observe de plus en plus sur Netflix, y compris pour des séries très attendues après une fin initiale riche en suspense.
L’adaptation en prises de vue réelles d’Avatar : le dernier maître de l’air a ainsi vu son audience chuter de 60% entre sa première diffusion en 2024 et sa deuxième saison, mise en ligne le 25 juin.
A Good Girl’s Guide to Murder fait encore pire, avec une baisse de 75%. Même One Piece, pourtant saluée par la critique avec un score parfait sur Rotten Tomatoes, enregistre un recul de 9% pour sa deuxième saison.
Un modèle de visionnage en cause ?
La comédie de Tina Fey, The Four Seasons, revenue avec une nouvelle saison seulement treize mois après la première — un délai pourtant rapide pour la plateforme —, a elle aussi perdu plus de la moitié de son public.
Ces données, provenant de Netflix lui-même, interrogent l’entreprise, qui cherche à enrayer ce phénomène, selon Bloomberg. D’après TheWrap, la principale explication réside dans le modèle de diffusion intégrale, signature historique du service.
Ce format, qui a largement contribué à son succès, pourrait paradoxalement réduire l’engagement des spectateurs sur le long terme. À l’inverse, certaines plateformes concurrentes misant sur une diffusion hebdomadaire — avec des séries comme The Pit, Paradise (Disney+) ou Land Man (Paramount+) — observent une progression de leur audience d’une saison à l’autre, portée par un bouche-à-oreille qui s’installe dans la durée.
Un virage vers des contenus moins coûteux
Selon ce média, les spectateurs ayant visionné une série en quelques jours peuvent éprouver des difficultés à se remémorer l’intrigue lorsque la suite arrive deux ans plus tard. La diffusion en plusieurs parties, que Netflix a pourtant expérimentée avant de l’abandonner en partie, tend à accentuer ce phénomène.
Beaucoup préfèrent attendre que l’ensemble des épisodes soit disponible avant de commencer, mais finissent par ne jamais revenir. La série anthologique Beef, qui ne nécessitait pourtant pas de continuité narrative entre ses saisons, n’a pas non plus réussi à conserver son audience initiale.
Au-delà des modalités de diffusion, se pose la question de la rentabilité des productions les plus coûteuses. Avec une base d’abonnés aussi large, la plateforme tend à valoriser les vues de manière uniforme, qu’il s’agisse d’une série à gros budget ou d’un documentaire plus modeste.
Cette logique pourrait l’inciter à privilégier des formats moins onéreux, plus faciles à rentabiliser dans le temps, au détriment de productions de prestige difficiles à prolonger. Cette orientation se reflète déjà dans ses investissements récents, notamment dans les podcasts, les événements en direct et un partenariat récemment annoncé avec BuzzFeed et Penske Media.
