L’Odyssée de Nolan face à la colère grecque

L’adaptation du poème d’Homère par le réalisateur britanno-américain suscite une vive controverse en Grèce, sur fond de débats liés à la représentation et aux enjeux identitaires.

« L’Odyssée » n’est pas encore sortie qu’elle suscite déjà de vifs débats, au-delà des seules considérations critiques. Le long-métrage de Christopher Nolan, inspiré du poème antique d’Homère, divise en effet en Grèce.

Une partie du public reproche à la production des choix de casting jugés éloignés des origines du récit. Au-delà du pays, certaines critiques visent notamment l’actrice mexico-kényano-américaine Lupita Nyong’o, qui incarne Hélène de Troie.

Des figures comme le commentateur conservateur Matt Walsh ou l’entrepreneur Elon Musk ont publiquement contesté sa légitimité à interpréter « la plus belle femme du monde », qualificatif traditionnellement associé à ce personnage dans la mythologie grecque.

« Chris Nolan a profané L’Odyssée afin d’être éligible à un Oscar. (…) Honte à Chris Nolan d’avoir profané Homère ! Il ne s’en remettra jamais », a notamment appuyé Musk, dans des publications sur son réseau social X, en mai dernier.

« Une histoire mythologique »

Ces attaques ont été dénoncées comme racistes par plusieurs médias et personnalités, dont Whoopi Goldberg, qui a rappelé que Lupita Nyong’o est elle-même largement reconnue pour sa beauté.

L’actrice oscarisée a pris la parole pour défendre le projet, expliquant que la distribution reflète « le monde » et que L’Odyssée reste avant tout « une histoire mythologique ».

« Je soutiens pleinement la vision de Chris et l’interprétation qu’il propose. Notre casting est représentatif du monde. Je ne passe pas mon temps à me défendre. Les critiques existeront quoi qu’il arrive », a-t-elle déclaré dans une interview accordée à Elle.

Elle a également rejeté l’idée qu’elle devait « incarner la beauté » : « On ne peut pas jouer la beauté. Ce qui m’intéresse, c’est le personnage. Qu’y a-t-il au-delà de l’apparence ? »

Revendication d’une continuité culturelle grecque

Une critique plus structurée a émergé au sein de la communauté grecque, notamment à travers une lettre ouverte publiée le 25 mai sur le site Greek City Times, adressée à l’équipe du film. Elle dénonce l’absence d’acteurs d’origine grecque parmi les rôles principaux.

Les signataires y rappellent que l’identité grecque s’inscrit dans une continuité historique depuis l’époque mycénienne, berceau des épopées homériques, en passant par les cités antiques, les périodes hellénistique, romaine et byzantine, jusqu’à l’État moderne.

« Les Grecs n’ont pas disparu après l’âge mythique. Leur culture ne s’est pas figée dans l’Antiquité. Leur langue ne s’est pas éteinte. Nous sommes toujours là », peut-on lire dans le texte, qui précise toutefois ne pas s’opposer par principe à la diversité ni à la réinterprétation artistique.

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