Fronde d’États américains contre la méga-fusion Paramount-Warner

L’opération, évaluée à 110 milliards de dollars, est jugée menaçante pour la concurrence, l’emploi et la diversité culturelle dans le cinéma et la télévision par une coalition de douze États qui ont saisi la justice.

Un nouveau feuilleton s’ouvre autour de la fusion Paramount–Warner. Une douzaine d’États américains, parmi lesquels l’Arizona, la Californie, le Colorado, le Connecticut, le Massachusetts, le Minnesota, le Nevada, le New Jersey, le Nouveau‑Mexique, New York, l’Oregon et Washington, ont déposé, lundi 13 juillet, une plainte visant à bloquer l’accord.

Selon les procureurs, cette opération estimée à 110 milliards de dollars violerait le Clayton Act, loi fédérale adoptée en 1914 pour prévenir les pratiques anticoncurrentielles avant qu’elles ne deviennent monopolistiques, plutôt que de se contenter de sanctionner les abus une fois commis.

Concrètement, ils estiment que la fusion porterait un coup sévère à la concurrence dans l’industrie du cinéma, en particulier sur le segment très lucratif des films à gros budget, les « blockbusters ».

Le procureur général de Californie, Rob Bonta, à l’origine de l’initiative, a qualifié la transaction d’illégale, jugeant qu’elle se traduirait par une hausse des prix et une baisse de la qualité des contenus proposés au public, tant au cinéma qu’à la télévision.

Une bataille juridique qui s’annonce âpre

« Nous avons des lois antitrust et des mécanismes de contrôle des fusions pour une raison précise. La concurrence est le moteur d’une économie saine et dynamique. Elle pousse les entreprises à produire leur meilleur travail, à innover et à proposer des prix justes et raisonnables », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

D’après les estimations des autorités californiennes, l’entité issue de la fusion contrôlerait environ 27% du marché de la distribution des films en sortie nationale (wide release), soit un peu moins d’un tiers de ce segment stratégique.

Le département de la Justice ayant validé l’accord il y a à peine un mois, l’action intentée par les douze États fait peser une nouvelle incertitude sur le calendrier de finalisation de la fusion.

Le dossier est d’autant plus suivi qu’il intervient après l’échec retentissant de Netflix, qui avait lui-même tenté de racheter Warner Bros. Discovery avant que Paramount et son dirigeant David Ellison ne prennent l’avantage.

Une course contre la montre financière

Dans un communiqué diffusé après l’annonce de la plainte, Paramount Skydance a qualifié cette action de « fondamentalement erronée dans son application du droit de la concurrence », estimant qu’elle se trompe « à la fois sur les faits et sur le droit ».

Le groupe promet de « défendre vigoureusement la transaction » et de démontrer que cette contestation est incompatible avec une politique de concurrence saine et les réalités du marché des médias.

Paramount et Warner Bros. Discovery espéraient boucler l’opération d’ici au 30 septembre. Si cette échéance n’est pas respectée, une pénalité de 650 millions de dollars par trimestre — soit environ 25 cents par action — serait due par l’entreprise acquéreuse.

À cette pression s’ajoutent d’autres obstacles réglementaires, notamment en Europe, où les autorités de la concurrence examinent également le dossier, malgré le feu vert déjà obtenu par Paramount dans plusieurs juridictions.

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