NAZA, le film qui accable Tsahal

Primé à la Mostra de Venise après avoir reçu la plus longue ovation jamais accordée à une œuvre, le documentaire consacré aux opérations militaires de l’armée israélienne dans la bande de Gaza suscite la colère au plus haut sommet de l’État.

« C’est choquant. Nous luttons contre l’incitation antisémite mondiale et, lorsqu’elle vient de chez nous, elle est intolérable. » Dans une vidéo publiée lundi 14 septembre sur Telegram, Benjamin Netanyahu ne décolère pas. Dans son collimateur : « deux réalisateurs israéliens qui présentent l’armée israélienne comme des criminels ».

En l’occurrence, les journalistes Yuval Abraham et Rachel Szor, devenus depuis samedi 12 septembre des traîtres à l’État hébreu pour avoir été à l’origine d’un film documentaire revenant sur les agissements de Tsahal, l’armée israélienne, dans le cadre de sa guerre contre le Hamas à Gaza.

Une œuvre qui a reçu le très prestigieux Prix du jury à la Mostra de Venise, où le public lui a consacré 25 minutes de standing ovation, une première pour ce Festival international du film de Venise créé en 1932.

Des « dommages collatéraux »

Pour le New York Magazine, il s’agit ni plus ni moins du « film le plus important de notre époque ». Baptisé NAZA, en référence à l’acronyme militaire hébreu « Nezek Agavi », qui signifie « dommages collatéraux », le documentaire de 80 minutes met en scène 24 membres des services de renseignement et de l’armée israélienne.

Tous filmés de nuit, le visage dissimulé et la voix modifiée, ils racontent, sur les toits de Tel-Aviv, la guerre à Gaza et la manière dont Tsahal choisirait ses cibles. Cela inclut notamment la localisation de l’objectif et le nombre de civils susceptibles de périr au cours de sa neutralisation.

« Là, j’ai accès à une carte complète, bâtiment par bâtiment, dans la bande de Gaza. Je peux cliquer sur chaque maison et voir combien de personnes risquent de mourir si on bombarde. Tout Gaza est cartographié », détaille un soldat à propos de ses outils dopés à l’intelligence artificielle.

Un bébé compte-t-il comme un dommage collatéral, lui demande-t-on alors ? « Oui », répond le soldat. « Je ne saurais pas dire combien ont été tués, parce qu’on ne vérifie jamais. Mais une fois, nous avons eu une autorisation pour 500 victimes collatérales », explique-t-il encore.

Une riposte institutionnelle tous azimuts

Plusieurs militaires disent avoir eu le sentiment de travailler dans une sorte d’usine à tuer. D’autres évoquent un jeu vidéo. « On sélectionne, on valide, on frappe », témoigne l’un d’eux. Les réalisateurs osent un parallèle entre ce que commet Israël aujourd’hui et ce qu’a fait l’Allemagne nazie.

Le documentaire fait même référence à Shoah, le grand film de Claude Lanzmann. De quoi provoquer l’ire des autorités israéliennes. « La haine de soi ardente de ces créateurs, prêts à porter atteinte à leur patrie pour récolter les applaudissements des antisémites du monde entier, est inconcevable et constitue une trahison envers l’État », a réagi le ministre de la Culture, réclamant le retrait de la nationalité israélienne des deux réalisateurs.

Du côté de l’armée, ces témoignages anonymes sont contestés. Selon elle, il est impossible de vérifier l’identité des personnes interrogées, l’exactitude des renseignements fournis ou encore les fonctions exercées par ces soldats.

Pour son chef, Eyal Zamir, le film « repose sur des accusations mensongères, des distorsions délibérées de la réalité et de graves et fausses accusations contre des soldats et des commandants de l’armée israélienne ».

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