Le mystérieux artiste de rue s’est une nouvelle fois illustré en érigeant, au cœur de Londres, une sculpture représentant un homme fier, mais aveuglé par son propre drapeau. Tout un symbole dans un contexte de regain de popularité de l’extrême droite au Royaume-Uni.
Alors que les Londoniens s’interrogeaient depuis plusieurs heures sur l’origine de la statue apparue mercredi 29 avril à Waterloo Place, à deux pas de Pall Mall, Banksy en a revendiqué la paternité.
Dans une vidéo publiée le lendemain sur son compte Instagram, l’artiste de rue le plus célèbre au monde a dévoilé les coulisses de l’opération, menée aux premières heures de la matinée. On y aperçoit un camion porte-char, des cônes de signalisation et une équipe opérant avec une précision quasi militaire.
L’installation aurait été réalisée en quelques minutes seulement, selon Victoria Hollins, journaliste à la BBC. « Il dispose d’une équipe très structurée, composée de professionnels expérimentés. Ils ont sans doute étudié le terrain, anticipé les contraintes, puis agi à l’aube », explique-t-elle.
Un message contre le patriotisme aveugle ?
L’exploit technique impressionne d’autant plus que Waterloo Place est un secteur fortement surveillé, doté de nombreuses caméras et d’une présence policière régulière, en raison de sa localisation au cœur de Westminster.
Malgré cela, l’œuvre a été installée sans intervention immédiate des autorités. Sa réalisation aurait nécessité des mois de préparation, s’inscrivant dans la tradition des interventions spectaculaires de Banksy à travers le monde. L’artiste demeure fidèle à sa réputation d’anonymat, même si une récente enquête de Reuters affirme avoir levé une partie du voile sur son identité.
La sculpture — haute d’environ 7,5 mètres — représente une figure orgueilleuse enveloppée dans un drapeau lui couvrant les yeux, avançant vers le vide. Une image interprétée par de nombreux passants interrogés par ABC News, comme une critique du patriotisme aveugle, qui gagne du terrain dans le monde.
Un précédent artistique et un dilemme réglementaire
« J’espère vraiment que cela fera réfléchir », confie un spectateur à la chaîne américaine, alors qu’un regain de sentiments nationalistes s’observe au Royaume-Uni, notamment avec la montée du parti Reform UK de Nigel Farage.
Le choix de Waterloo Place confère à l’œuvre une portée symbolique supplémentaire. Ce lieu célèbre l’histoire impériale britannique du XIXe siècle, avec à proximité des statues du roi Édouard VII, de Florence Nightingale ou encore du mémorial de la guerre de Crimée.
La durée d’exposition de la sculpture reste incertaine. Selon ABC News, son maintien dépendra de la décision du conseil municipal de Westminster, chargé de la gestion de cet espace public. L’institution affirme ne pas avoir été informée en amont, tout en se félicitant de l’intérêt suscité par cette installation.
Il y a vingt ans, au même endroit, une fusée inversée d’une vingtaine de mètres, semblant s’être écrasée depuis le ciel, avait déjà marqué les esprits. Elle avait inauguré le spectacle « The Sultan’s Elephant », devenu une référence du théâtre de rue contemporain.
