La librairie française en crise

Pour la première fois dans l’histoire du secteur, les fermetures de librairies ont dépassé les ouvertures en France en 2025.

La France a enregistré 85 fermetures de librairies pour seulement 83 ouvertures l’an dernier, selon le Centre national du livre (CNL). Ce basculement, inédit dans l’histoire récente du secteur, signe la fin d’une parenthèse favorable.

La dynamique enclenchée en 2021, dans le sillage de la pandémie du Covid, aura donc duré trois ans. Confinés puis libérés, les Français s’étaient redécouvert un goût pour le livre et le commerce de proximité. Cette fenêtre semble désormais refermée.

Les librairies les plus exposées sont précisément celles qui avaient profité de cet élan. Il s’agit souvent de structures récentes, nées dans l’enthousiasme post-crise sanitaire et implantées en dehors des grandes métropoles.

La moitié des établissements ayant baissé le rideau se situaient dans des communes de moins de 15 000 habitants, ces territoires ruraux ou semi-ruraux où la librairie indépendante portait à la fois un projet culturel et un pari économique.

Un secteur pris en étau

La concurrence des grandes plateformes en ligne, Amazon en tête, continue de peser lourdement sur les ventes en magasin. Dans le même temps, les charges fixes — loyers, salaires et coûts d’exploitation — n’ont cessé de grimper. Les ventes de livres neufs ont ainsi reculé de 6% au premier trimestre 2026. De quoi confirmer la dégradation en cours.

Mais le facteur le plus inquiétant est sans doute plus profond ; c’est-à-dire la désaffection des Français pour la lecture. En effet, d’après une étude du CNL publiée en avril 2025, moins d’un Français sur deux lit chaque jour.

Le temps consacré à la lecture de loisir a lui aussi diminué de dix minutes par jour depuis 2023, pour tomber à une moyenne de 30 à 31 minutes quotidiennes. Ce repli touche l’ensemble des générations.

Dans un contexte de compétition accrue pour le temps et l’attention — entre plateformes de streaming, réseaux sociaux et jeux vidéo —, le livre recule. À titre d’exemple, un adolescent de 16 ans consacre en moyenne 12 minutes par jour à la lecture plaisir, contre trois heures et dix minutes passées devant les écrans.

La librairie se mue en lieu de vie

À cette baisse d’appétence s’ajoute une autre menace, plus inattendue : la montée en puissance du livre d’occasion. Ce marché progresse d’environ 10% par an et représente désormais un achat sur quatre chez les moins de 18 ans, selon BFMTV.

Gibert, l’enseigne parisienne historiquement spécialisée dans l’occasion, tente aujourd’hui de miser entièrement sur ce modèle pour se maintenir, non sans difficultés. Face à ces chocs conjugués, la diversification apparaît comme une condition de survie.

La tendance la plus visible est l’intégration d’une offre de petite restauration. Une étude récente montre que les coffee-shops et enseignes de snacking figurent parmi les segments les plus dynamiques du commerce de détail, avec une croissance de 5% en 2024.

Une petite librairie de Saint-Suliac, en Bretagne, ouverte il y a moins d’un an dans une presqu’île de 1 000 habitants, illustre parfaitement ce nouveau modèle avec près de la moitié de son chiffre d’affaires réalisé grâce à son activité de restauration, d’après BFMTV.

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