En Chine, un film si « mauvais » qu’il devient culte

D’abord raillé pour sa conception plutôt rudimentaire, « Niu Lai » est devenu, en quelques jours, une véritable attraction dans les salles. De quoi générer d’importantes recettes au box-office.

« Quand j’ai vu pour la première fois des extraits, je me suis dit : “Oh là là, les images sont vraiment mauvaises.” » Comme Marcelo Wang, créateur de contenu chinois vivant au Portugal, interrogé par la BBC, des milliers de Chinois ont été très peu impressionnés par « Niu Lai » au premier abord.

L’expression, traduisible littéralement par « le taureau arrive », est le titre d’un film sorti en salles le 5 août. Réalisé par le jeune créateur indépendant d’animation Xin Yumeng avec l’aide de sa mère, il raconte l’histoire d’un jeune veau confronté à différentes épreuves dans sa quête pour grandir.

Si l’intrigue semble plutôt banale, c’est bien la réalisation qui fait le plus parler, et pas pour de bonnes raisons. Les vaches sont notamment critiquées pour leur couleur jaune éclatante, qui les fait parfois ressembler à des oursons gélifiés radioactifs.

Il en va de même du léopard, que certains n’hésitent pas à qualifier de momie égyptienne antique réanimée, qui aurait fait des injections de remplissage des lèvres chez un mauvais chirurgien esthétique dans l’au-delà.

Une esthétique complètement ratée

« Quand ils bougent, on dirait qu’ils ont été copiés-collés. Toutes leurs pattes bougent à l’unisson. Les vaches, pour une raison étrange, marchent sur leurs pattes arrière. Je pense que c’était peut-être plus simple pour l’artiste, utilisant ce logiciel rudimentaire du début des années 2000, de les faire marcher ainsi. On dirait un projet d’arts plastiques de lycée trop ambitieux », cingle William, qui a vu le film, auprès de la BBC.

La critique n’a donc pas épargné cette œuvre portée par deux personnes sans aucune expérience, ni dans la réalisation cinématographique ni dans l’animation. En effet, le réalisateur a étudié l’architecture paysagère, d’après la presse chinoise.

De fait, durant les dix premiers jours de son exploitation, absolument personne ne s’intéressait à cette production. Les gens se disaient : « Pourquoi dépenserais-je de l’argent pour ça ? Je ne sais même pas de quoi il s’agit. »

Comparé aux autres productions à l’affiche — « Spider-Man » et « L’Odyssée », notamment —, « Niu Lai » ne tenait pas la route. Il a pourtant explosé dans les salles depuis, sans bénéficier d’avant-première publique ni de séance de questions-réponses avec le réalisateur, comme on en verrait ailleurs.

Une simplicité qui séduit

Il n’y a pas eu de tapis rouge non plus. Ses recettes sont passées d’environ 10 000 yuans, soit 1 480 dollars, au box-office durant les dix premiers jours suivant sa sortie, à plus de 8,2 millions de yuans, soit 1,2 million de dollars, désormais, avec près de 300 000 entrées.

À force d’être critiqué pour son animation médiocre, le public chinois s’y est attaché, sans doute également attendri par l’histoire de Xin Yumeng et de sa mère, qui auraient passé cinq années à mener ce projet à son terme malgré tout.

« Pour chaque fonction — musique, composition, montage, réalisation — les noms de la mère et du fils se répètent sans cesse. Ce sont ces petits indices, relevés par le public chinois, qui donnent envie d’en savoir plus », indique la BBC.

« (…) J’ai appris que tout le film avait été réalisé par une mère et son fils. Et voir la génération Z chinoise les soutenir dans les salles m’a fait comprendre que, dans un monde rempli d’IA et de films commerciaux sans âme, nous devrions peut-être davantage apprécier les imperfections humaines », témoigne Marcelo Wang.

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